Avec l'air frais chargé d'effluves de hot-dog et de fumées de pots d'échappements, les souvenirs m'assaillirent .New-York.
Je rabattai ma capuche et enfouissai mes mains dans mes poches.Je marchai lentement vers l'appartement d'Ethan .Quelques mois avant mon départ,ses parents lui avaient « offert son indépendance » - ou s'étaient surtout soulagé la conscience,à défaut d'être présents et d'être capables de tenir plus de deux heures sans jeter l'argenterie contre les murs- en lui permettant d'avoir son propre appartement, près de Central Park .Les prix avaient beau être exorbitants, je ne comprenai toujours pas pourquoi son immeuble ne possédait pas de portier, ni pourquoi l'ascenceur était couverts de graffitis, et encore moins pourquoi l'avait-il choisi .Pure provocation je ne sais pas, en revanche, je le soupçonnai de faire ainsi un pied-de-nez à ses parents, qui ,passé le porche,verraient alors s'effondrer tous les grands projets d'avenir misés sur leur rejeton .Ils avaient toujours rêvé pour lui,d'une grande carrière, dans l'immobilier,la médecine,le droit... Ethan lui,rêvait d'une vie bohème,à New-York ou quelque part en France,mettant à profit sa passion pour la photographie .Je me glissai derrière le grillage de l'ascenceur.Comme dans mes souvenirs,l'intérieur était tapissé de miroirs,toujours un peu plus couverts de graffitis aux slogans rebelles et d'affiches annonçant les prochains événements à venir,concerts,grèves,manifestations...Je dénichai un bout de miroir presque net ,juste à côté d'une publicité pour une chaîne de pizzerias et sortai mon mascara Helena Rubinstein dont je fis lentement glisser la brosse sur mes longs cils, espérant secrètement que mes paupières ombrées alliées au mascara, rendraient mon regard intense.Je tapotai distraitement mes lèvres de gloss Stila que je glissai immédiatement dans la poche de mon blouson,une fois la grille ouverte.Rien n'avait changé - ou peut-être les ampoules,qui grillaient tout le temps .Je tirai nerveusement sur ma mini jupe Burberry, puis frappai .Contre tout attente,Ethan vint ouvrir,plus merveilleux que jamais .Un simple sourire de ma part réussit à nous rapprocher .Il m'embrassa au coin des lèvres,tandis que je glissai mes mains sur son torse. Il me repoussa presque violemment et esquiva toute réaction de ma part en faisant diversion .Il se retourna et jeta un coup d'oeil derrière lui.Le sol était jonché de mousse,venant des énormes cartons à peine déballés,qui gênaient le passage vers le salon .J'aperçus dans ses cartons ses grands cadres noirs dans lesquels il exposait les photos de célébrités des années 50 que nous avions acheté ensemble,après une virée dans le quartier branché des anciens abattoirs.En un regard,je su qu'il pensait à la même chose que moi.Le trajet de son appartement à Central Park se déroula dans le calme .Il parla de son projet d'orientation,de ses études,de son éventuel déménagement,à l'étranger,de préférence .Pour ma part,je ne fis que parler de ma nouvelle vie ; Lindsay,Mandy,Alison... Le nouveau ménage de ma mère,avec Mr.Marshall .Bien sûr,j'ommis volontairement de parler de Clay et de Craig .
Puis,j'aperçus enfin notre banc .Celui où nous avions l'habitude de nous asseoir,avant,pour parler de tout et de rien,de notre avenir - ensemble - ,des cours.Pour siroter nos gobelets fumants venus de chez Starbucks .Je m'assis et Ethan vint sans un bruit, s'asseoir à côté de moi .Devant nous, des enfants jouaient à se courir après dans le but de s'attraper,jeu qui finissait bien souvent par des roulades dans l'herbe humide du parc .Je souris .Derrière nous,la rue était plus bruyante que jamais,les passants s'élançant à travers les taxis,ignorant royalement les feus de passage .L'air sentait le feu de bois,à présent .Ethan regardait droit devant lui,ses mains blotties dans les poches de son blouson .Il paraissait contrarié.J'enfouis mon nez dans son cou,comme j'en avais eu l'habitude autrefois.Je retrouvai avec bonheur son parfum - bien loin des affreux relents de patchouli que Craig semblait tant apprécier .Ethan me repoussa à nouveau,presque agacé.
- Eth',mais qu'est-ce qui ne va pas à la fin ? susurrai-je sans me démonter.
- Ca n'est pas si facile Andréa ! J'ai eu beaucoup de mal à te pardonner de m'avoir abandonné,comme ça...
- Je ne t'ai pas abandonné ! m'écriai-je .
- Peut-être,oui.J'ai conscience que c'est terriblement égoïste de ma part,mais tu ne t'es jamais rendue compte à quel point je tenai à toi...
- Mais Chéri,moi aussi.Alors pourquoi est-ce que tu me repousses ? On peut très bien tout reprendre comme avant... Je plantai un baiser sur sa joue .Allez Eth',ne mens pas je sais que tu en meurs d'envie...
- Non mais tu te rends compte de la manière dont tu te comportes ?! Andréa ! Ce n'est pas toi ! Arrête ton cinéma, tu veux !
Je jetai un regard noir à Ethan .Comment osait-il ?
- Tu... Tu n'étais pas comme ça avant ! Regarde toi,rien qu'à ta manière de t'habiller,de... Les apparences ,mais Andréa,avant ça n'avait pas une si grande importance pour toi ! Et cette... Cette Lindsay,mais ouvre les yeux .Tu es un clone,une poupée fabriquée et manipulée.Et maintenant,c'est toi qui veux façonner les autres à ton image,et c'est toi qui manipule les autres... Même moi .
Mes yeux étaient embués de larmes .Pour qui se prenait-il...
- Andréa,je n'ai plus le temps de jouer sur les sentiments . dit-il d'une voix plus douce .J'espérais ne pas me tromper en ne te considérant plus comme une gamine...
- Mais je ne suis plus une gamine... Tu n'as pas eu tort... Ma voix se brisa .
Ethan saisit une de mes mèches de cheveux collée à mon gloss .Pour la première fois depuis nos retrouvailles,il s'adressait enfin à moi en me regardant droit dans les yeux .
- Alors reprends-toi,And' .Où est passée la fille qui se contentait d'enfiler un vieux tee-shirt à moi pour que la mode soit lancée au bahut,plutôt que de la suivre.Où est la fille qui me faisait tant rire en usant de son plus beau sourire pour avoir un hot-dog gratuit,sur les marches du Métropolitan Museum .Où est la fille que j'ai aimé comme un fou,et que j'aimerai toujours...
Mes joues étaient noyées de larmes .Ethan passa sa main sur mon front,et fit glisser ma tête contre son épaule .Il me fallut un quart d'heure pour me calmer,et cesser de hoqueter,frissonnant aux courants d'air glacés qui faisaient trembler les branches nues des arbres du parc .Je remerciai Ethan,lui promettant de me ressaisir,et réussi enfin à articuler dans un murmure ;
- Je ne te l'ai jamais dit.Je ne sais pas si c'est bien le moment,ou l'endroit mais...Tu es ma plus belle histoire...
- Tu mens toujours aussi mal ,plaisanta-t-il .
- Hé,je suis sincère ,riai-je .
- Je sais princesse ,je sais ,murmura-t-il en me plantant un baiser sur le front .
« Princesse...Ca faisait longtemps ,pensai-je avec amertume,en fermant les yeux. »