Debout,face à moi,il me dévisageait ouvertement,un large sourire laissant découvrir ses dents blanches et parfaitement alignées.Gênée,et quelque peu troublée par son attitude,je rajustai sans cesse les bretelles de mon top turquoise,Max Azria,en cherchant quelque chose d'intelligent à dire ;
- Quelle allure ! dit-il au bout d'un moment qui me parut une éternité.
Il me dévisagea longuement,à nouveau,puis ajouta ;
« Je vous sers quelque chose,princesse ? »
J'avais beau chercher la touche de sarcasme dans sa voix,il paraissait on ne peut plus sincère,ce qui me troubla plus encore.Ne sachant quoi répondre,je jetai un oeil aux alentours,me permettant de voir ainsi ce que buvaient les autres .
- Un fond de punch,m'ira très bien ,finis-je par dire en lui souriant discrètement .
Voyons,princesse,j'ai beaucoup mieux pour vous...
Sur ces quelques mots,il saisit deux bouteilles aux bouts desquelles il glissa deux flûtes à champagne en plastique,et m'en tendit une troisième .Puis,il me fit signe de le suivre,ce qui s'avéra difficile puisqu'il fallait jouer des coudes pour traverser la foule.Une fois la piste de danse traversée,nous nous trouvions face à une alcôve à peine éclairée par les lueurs des bougies disposées par touches discrètes.Le refuge parfait des couples désirant la tranquilité.Le garçon que j'avais suivi jusque là posa les bouteilles au sol,grimpa sur la banquette bordeau qui courait le long de l'alcôve,et ouvrit une fenêtre .Un peu plus loin,sur la banquette,un couple s'embrassait à pleine bouche,quand le garçon se détourna un instant de sa copine.« Hé mais ferme ça,mec !! » ,grogna-t-il.
Pour toute réponse,l'interpellé lança les bouteilles par la fenêtre,sauta ,puis se retourna et me fixa droit dans les yeux en me tendant les bras ;
- Vas-y,saute .Devant mon hésitation,il planta son regard dans le mien et ajouta ; Fais-moi confiance...
Sans plus réflechir,je me décidai alors à escalader la fenêtre,non sans mal,quand je sentis deux mains glisser délicatement vers mes hanches.Surprise,je relevai la tête,et me trouvai nez à nez avec le garçon, follement attirant,mais dont j'ignorai tout,y compris son identité .Face à face,nos visages n'étaient qu'à quelques centimètres à peine l'un de l'autre,et tandis que nous nous fixions intensément,je sentai son souffle se mêler au mien.Ses mains chaudes agrippaient toujours mes hanches,et je restai suspendue en l'air,au sens propre aussi bien qu'au figuré.
Je comptai,intérieurement ; Un Mississippi... Deux Mississippis... Trois Mississippis...
Les talons de mes Manolo Blahnik touchèrent enfin le sable de la plage où nous étions arrivés ,pourtant je sentai encore la chaleur des mains du garçon,à l'emplacement où il les avait glissées.Il ramassa les bouteilles qui gisaient sur le sable clair,à ses pieds et je m'aperçus qu'il était déjà pieds nus.Pour ma part,mes Manolo Blahnik me faisaient toujours autant souffrir,et comme le sable s'y infiltrait,je n'avais aucune raison de les garder.Je les retirai et les laissai sur place,laissant mes pieds s'enfoncer dans le sable encore chaud et incroyablement doux.
- Suis moi,c'est par là ,murmura le garçon, en se dirigeant vers un muret blanc .Il s'assit et m'incita à faire de même en tapotant la place à côté de lui.Je m'asseyai,et l'observai ; il disposait les bouteilles en rangée,à côté de lui,puis les ouvrit et commença à en remplir les gobelets.
- Qu'est-ce que tu me prépares de bon,pour finir ?
- « Pour finir » ?! répéta-t-il,surpris .Mais voyons princesse,ça ne fait que commencer... As-tu déjà gouté un mimosa ?
- Pas que je m'en souvienne...
- C'est un délicieux mélange de champagne et de jus d'orange, m'expliqua-t-il,en brandissant une à une les bouteilles .
- C'est aussi le nom d'un arbuste méditerranéen si je ne me trompe pas... murmurai-je,songeuse .
- Oui,en effet .A propos de noms,je crois que nous n'avons même pas fait les présentations.Moi qui allait déjà te faire boire... ,plaisanta-t-il .Aaron ,dit-il en me tendant une flûte de mimosa
- Andréa .Tchin-Tchin .répondis-je alors que nous trinquions.
- Je ne t'avais jamais vue,ici .Tu es nouvelle ?
- Ca se voit tant que ça ?! plaisantai-je .
- Disons que... tu ne passes pas inaperçue ,dit-il d'un air faussement timide.
Très vite,la première bouteille de champagne fut vide,et Aaron entama la seconde,celle qu'il m'avait confiée .A notre tour désinhibés par l'alcool ,nous parlions ,rions ,quelques fois Aaron se levait et faisait de grands gestes ,debout ,face à moi ,dans le but de me faire rire .Pendant près d'une heure nos verres se levaient ,nos regards devenaient complices .Les minutes paraissaient si courtes ,dans la douceur de l'été indien ,que j'en oubliais presque la musique assourdissante et la fête qui battait son plein ,à l'intérieur.En me retournant ,j'aperçus Craig ,qui,debout sur une table ,dansait torse nu en compagnie d'une jolie blonde .Rien d'étonnant,mais "pitoyable" serait le mot exact.Cependant,je ne pu m'empêcher d'être amusée par sa manie de toujours se mettre en valeur,et par le malin plaisir qu'il prenait,sans même tenter de le dissimuler,à voir les convives l'applaudire en sifflant,et hurler son prénom .A l'étage ,à voir toutes les lumières allumées ,je devinai les couples ayant abandonné leur cachette plus si secrète pour se réfugier dans les chambres luxueuses de la famille Belford.
L'air s'était raifraichi,et Aaron et moi n'étions alors plus qu'éclairés par ces lueurs . Je reprimai un frisson ...
- Tu as froid..? murmura Aaron .
- Un peu... répondis-je dans un souffle,en lui adressant un sourire discret .
- Attends...Ne bouge pas,ne bouge surtout pas,hein.Je reviens tout de suite !
Je le vis revenir en courant vers la villa,sauter par dessus la haie d'un petit jardin,et entrer dans une cabine.Cinq minutes plus tard,il en sorti,un plaid sous le bras,et se dirigea à nouveau vers moi .
- Désolé .Tiens... dit-il légèrement essouflé,en glissant la fine couverture sur mes épaules .
- Merci .Je serais curieuse de savoir comment est-ce que tu connaissais la planque ,demandai-je,amusée.
- La cabine dans laquelle tu m'as vu rentrer,c'est celle où on se change quand on va surfer.Et je savais qu'on y gardait un plaid .Il arrive qu'on sorte de l'eau assez tard,et,bien que les journées soient chaudes et qu'on soit munis de combi' ,après avoir passé la journée dans l'eau ,il fait assez froid ,m'expliqua-t-il .Et puis... Il arrive que les très jolies filles soient aussi frileuses... ajouta-t-il dans un sourire.
- Quelle horreur,alors je ne suis pas la première fille a qui tu fais le coup ?! plaisantai-je .
- En tous cas,tu es la première à avoir un si joli sourire ,
Aaron s'approcha doucement de moi tandis que je resserai le plaid autour de mes épaules nues.Il n'était plus qu'à quelques centimètres de moi,mes yeux s'étaient fermés seuls,anticipant le moment que je croyais voir venir... Soudain ,je senti un bras entourer mes épaules ; j'ouvris une paupière et constatai que Aaron s'était reculé brusquement.Debout,Craig fixait Aaron,un sourire niais collé aux lèvres.Puis,sans crier gare,il attrapa Aaron et fit semblant de se battre,en lui ébourriffant les cheveux ;
- Eh ben Frérot ! Faut t'en trouver une ! Mais celle-la ,c'est la mienne ! dit Craig,en adressant un clin d'oeil complice à Aaron ,avant de se tourner vers moi et de me planter un baiser mouillé sur les lèvres.
